Oui, mais alors c’est quoi l’IA forte ? l’IA forte, ce serait une intelligence comparable à celle d’un humain. Là, on n’aurait pas besoin de faire ingurgiter à la machine des quantités d’exemples, avant qu’elle puisse commencer à analyser. Plus encore, ce serait une machine ayant conscience de ses propres raisonnements, capable d’émotions et d’intentionnalité, capable de créativité. Et c’est pour quand l’IA forte ? Pas pour demain en tout cas. La plupart des scientifiques pensent même qu’il sera impossible de créer une IA forte. Evidemment, les transhumanistes y croient dur comme fer, avec Ray Kurtzweil en tête, le patron de la recherche de Deepmind, la filiale d’IA de Google. Mais les avancées impressionnantes de Deepming avec leur programme Alphazero, qui a battu le meilleur programme d’échecs Stockfish, après un apprentissage de seulement quelques heures, restent malgré tout dans le domaine de l’IA faible. Il s’agit “simplement” d’un saut colossal, dans la capacité d’apprentissage et de traitement des combinaisons, du monde certes exponentiel, mais fermé d’un échiquier… pour un seul objectif : tuer. Souvenons-nous que “Echec et mat” vient de l’expression arabe “al cheik mat” qui signifie “le roi est mort”.

Or, en musique, nous ferait remarquer Mozart, personne ne meurt… comme dans bien d’autres domaines de l’Intelligence humaine, et de notre monde, où tout n’est pas si binaire : les arts, la philosophie, l’éthique, l’amour, le progrès etc. Bref, tout ce qui donne sens à notre Intelligence et à notre vie. Ce qui nous “motorise” pour parler “robot”, mais que nous choisissons. Ce qui nous transcende, et qui fait que si un homme se comportait mathématiquement en ne se référant uniquement qu’à des modèles (ses data sets), en étant dénué de ces dimensions, nous le considérerions finalement comme un être con… et dangereux.

L’Oncle de Spiderman lui disait “qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités”. Et il est vrai que es mises en garde d’Elon Musk sur les dangers de l’IA dans le domaine militaire, nous interrogent sur les besoins d’une régulation mondiale sur le sujet. Mais pour ma part, en tant que chef d’entreprise responsable, et participant en tant que producteur à cette révolution industrielle, je suis plus focalisé sur le danger qu’il y a à déléguer notre intelligence à une IA faible, que par l’avènement d’une IA forte concurrente de l’homme. Il faut être réaliste, avant Terminator, il y a des Trump… Et la faiblesse peut ne pas venir d’une IA faible.

Face aux applications spectaculaires de l’IA, la tentation peut en effet devenir grande pour les décideurs, d’avoir la faiblesse de s’en remettre à une IA faible. Et de céder au confort intellectuel de déléguer leur conscience à cette logique de l’échiquier robotisé.  Besoins de régulation éthique, oui, parce que l’IA faible ne doit pas être synonyme d’un confort, et du déclin de la qualité humaine de nos décisions stratégiques. Besoins de régulation éthique, oui, parce que c’est le fait même de créer, de perfectionner et de se questionner sur cette IA faible, qui rendra les “Intelligences” Humaine et Artificielle, plus fortes.

Article rédigé par Bernard EUVERTE, CEO fondateur chez WorkIT Software